Focus sur le projet PREFIBIO

Face à l’intensification des incendies de forêt liée au changement climatique, le développement de solutions de lutte contre le feu plus respectueuses de l’environnement devient un enjeu majeur. C’est dans ce contexte qu’est né le projet PREFIBIO, un projet de recherche collaboratif coordonné par l’Université de Lille, qui ambitionne de concevoir une nouvelle génération de retardants et de mousses extinctrices biosourcés, biodégradables et performants.

Maud Jimenez, professeure à l’Université de Lille et chercheuse à l’Unité Matériaux et Transformations (UMET), revient sur les ambitions du projet, les défis scientifiques à relever et les perspectives qu’il ouvre pour les industriels en matière de protection anti-feu, de revêtements fonctionnels et de substitution des PFAS.
Quel est l’origine du projet PREFIBIO ?
Les incendies de forêt sont de plus en plus fréquents et intenses sous l’effet du changement climatique. Les solutions actuellement utilisées permettent de lutter efficacement contre les feux, mais elles reposent souvent sur des composés dont l’impact environnemental est important. Certains retardants à long terme sont par exemple à base de polyphosphates, tandis que certaines mousses extinctrices peuvent contenir des substances fluorées (PFAS), aujourd’hui reconnues pour leur persistance dans l’environnement.

Le projet PREFIBIO est né de ce constat partagé par deux chercheuses de l’Unité Matériaux et Transformations (UMET) : il est nécessaire de développer une nouvelle génération de produits capables de prévenir et d’éteindre les feux tout en limitant leur impact sur les écosystèmes. Le consortium* réunit des spécialistes de la chimie, des matériaux, du feu, de l’écotoxicologie, de la biodégradabilité et des sciences sociales, ainsi que l’entreprise BIOEX, afin de concevoir puis produire des retardants biosourcés, biodégradables et performants.
Comment les solutions proposées dans le cadre du projet se démarquent-elles des solutions actuelles ?
L’ambition de PREFIBIO est de démontrer qu’il est possible d’obtenir des performances au moins équivalentes aux produits commerciaux, tout en réduisant fortement leur empreinte environnementale. Les formulations développées reposent sur des matières premières issues de la biomasse (alginates, amidon, chitosane, lignine, acide phytique, argiles naturelles, biosurfactants…), en excluant notamment les PFAS et d’autres substances préoccupantes.
Le projet développe deux familles de solutions complémentaires : des retardants « court terme », sous forme de mousses biodégradables destinées à l’extinction des flammes, et des retardants « long-terme », capables de protéger durablement la végétation avant l’arrivée du feu. Au-delà de leur efficacité incendie, ces produits sont conçus pour être biodégradables, peu toxiques, compatibles avec les équipements actuels des pompiers et favoriser la régénération des sols après un incendie. Cette approche globale, qui combine efficacité, écoconception et acceptabilité sociétale, constitue l’une des principales innovations du projet.
Quels sont les verrous technologiques ?
Le principal défi consiste à concilier des propriétés souvent contradictoires. Les formulations doivent être aussi performantes que les retardants conventionnels, tout en étant biosourcées, biodégradables et non toxiques. Les retardants « long-terme » doivent conserver leur efficacité malgré les intempéries ou l’exposition aux UV, alors que les retardants « court terme » doivent produire des mousses stables, faciles à projeter avec les équipements existants et suffisamment résistantes pendant l’intervention.
Le projet s’intéresse également à la maîtrise de la biodégradation : les produits ne doivent ni disparaître trop rapidement lorsqu’une protection prolongée est nécessaire, ni persister inutilement dans l’environnement. Enfin, PREFIBIO évalue également l’écotoxicité des formulations sur la faune et la flore et même celle des résidus produits après exposition au feu, un aspect encore très peu étudié dans la littérature scientifique.
Comment le laboratoire UMET peut-il accompagner les industriels sur leurs besoins (anti-feu, anti-fouling, substituts aux PFAS) ?
À travers PREFIBIO, l’UMET met à disposition son expertise en formulation de matériaux fonctionnels, en chimie des polymères et en caractérisation des propriétés au feu, en particulier par l’intermédiaire de la plateforme FIRERESIST (https://fire-resist.univ-lille.fr/). Le laboratoire accompagne les industriels dans le développement de solutions sur mesure répondant aux nouvelles exigences réglementaires et environnementales, notamment pour remplacer les substances fluorées (PFAS) par des alternatives plus durables.
Au-delà des applications dédiées aux incendies de forêt, les approches développées dans PREFIBIO — formulation de matériaux biosourcés, maîtrise des interfaces, revêtements fonctionnels, évaluation de la durabilité et de l’impact environnemental — sont directement transposables à d’autres secteurs industriels. Elles peuvent notamment répondre aux besoins en protection anti-feu, en développement de revêtements fonctionnels (dont les solutions anti-fouling) ou encore en substitution des PFAS dans des formulations où performance et respect de l’environnement doivent désormais être conciliés.
*Consortium : Université de Lille (coordination), INRAE (Lille et Montpellier), Institut Agro Rennes Angers, Université de Nantes, Université de Corse, entreprise BIOEX
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